regard sur l’art contemporain béninois | Adande Joseph C. E . professeur d'art à l'Université Nationale du Bénin La grande vitalité de l'art contemporain au Bénin s'exprime, comme ailleurs dans le monde, dans des genres déjà reconnus et qui ont fait leur preuve, la sculpture et la peinture par exemple ; de ces deux formes, on a longtemps pensé que seule la sculpture, art du volume beaucoup plus que la peinture rendait le mieux compte du génie créateur africain. On ne compte plus le nombre d'ouvrages qui lui sont consacrés malgré le changement fréquent des termes qui l'ont désignée jusqu'à ce qu'elle accède, sous l'étiquette d'"art premier" au Pavillon des Sessions du Louvre. La même réalité gît sous l'art "primitif", "négro-africain", "africain" ou "premier". [...] Il est admis que l'art n'a pas de frontière. Il n'en demeure pas moins qu'il a une origine. Cet art est bien d'ici; il en porte la marque à travers la couleur terre que la plupart des artistes ont intégré à leur palette ou la présence dans sa chair et dans son verbe des signes et symboles du vodun, religion des ancêtres que l'on n'enterre jamais définitivement. Il est bien d'ici par son souci de ne rien perdre mais de tout transformer, prenant peut-être ainsi de la distance par rapport aux civilisations de l'abondance et de la grande consommation. Il sait ennoblir ce qui en principe est destiné au rebut. Il démontre ce faisant que tout matériau porte en germe l'art et qu'il suffit de l'œil et de la main d'un artiste pour que celui-ci éclose. Voir des visages dans la forme des bidons, retrouver des corps dans les différentes parties d'une motocyclette amortie relève de l'art et traduit réellement un génie créateur. Il est d'ici à cause des thèmes toujours en rapport avec la vie qu'il traite ; il sait dénoncer les abus dont nous sommes victimes, montrer la laideur de notre vrai visage dès que nous osons ôter le masque que nous portons de différente façon ; il exhume la douleur et la souffrance qui nous taraudent et auxquelles il serait pourtant facile d'apporter à moindre frais, un peu de baume. Il est enfin d'ici parce qu'il assume et restitue la lumière de notre soleil et de notre ciel souvent voilés par un nuage. [...] La plupart de nos artistes se sont formés au contact de la réalité, aux côtés d'autres, dans des ateliers, des séminaires, grâce à des rencontres fortuites parfois. C'est vrai, ils n'ont peut-être pas "appris" ce métier. Ils sont ainsi porteurs de cet espoir et de la force de leur "virginité". Leur personnalité profonde n'a pas subi les bouleversements, les déformations et les "rigidités" que les "formations" inculquent sous forme de principes que le métier amène d'ailleurs souvent à remettre en cause si l'on veut se retrouver et s'exprimer vraiment. L'art est certes un fait de culture d'autant plus vivant qu'il s'appuie sur la nature et l'intègre. C'est assurément le cas ici. [...] Il y a bientôt un siècle, ce qui s'est passé entre les arts africains et européens fut une rencontre aboutissant à une reconnaissance d'une pensée par une autre, d'un regard par un autre. Par delà la matière et les façons de la transformer, un dialogue s'est instauré. Les artistes de cultures différentes ne se sont plus sentis étrangers l'un à l'autre. Ils ont découvert puis affirmé leur appartenance au monde unique de l'art. C'est à un tel dialogue, à une telle reconnaissance que ces œuvres nous invitent. [...]
-
rencontre
-
un voyage
-
nos formules
-
Bénin
-
contemporain
-
zinkpe
-
rafiy
-
biokou
-
projets
-
sur l'afrique
-
images