alberto moravia
" Dans tous les voyages que j’ai fait en Afrique noire, on m’a reproché de ne pas m’être suffisamment occupé de la situation politique, sociale, économique, idéologique, etc. du continent noir. C’’est vrai, tout du moins en partie, mais, de façon paradoxale, c’est l’effet de mon grand amour pour l’Afrique. S’il faut une comparaison exacte, c’est comme si, parlant à des amis d’une femme que j’aime, je parlais surtout de ses opinions politiques, de sa situation économique, de sa position sociale dans la société plutôt que de sa beauté. () Pourquoi l’Afrique est-elle belle ? Parce que c’est l’endroit de la Terre où la nature a érigé à elle-même un monument où on a l’impression de discerner une méthode, un ordre, un dessein, une intention et une régularité qui sont le propre des œuvres de l'homme. () Mais dans la beauté de l’Afrique, il y a aussi un mystère qui est sans autre inhumain ou, si on préfère, extrahumain. C’est le mystère qui s’est exprimé dans la religion autochtone de l’Afrique, l’animisme, et qui nous avertit que l’Afrique a surtout et avant tout une âme. Tous les autres pays du monde ont une histoire. Mais l’Afrique, elle, a une âme qui lui tient lieu d’histoire. C’est ainsi que l’histoire de l’Afrique, à la fin, quand tout a été dit, c’est l’histoire de son âme"
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